Rudolf, et sa compagne Marcelle, poursuivent avec leur beau fils Serge Peerenboom, et leurs filles Natacha et Isabelle, et leur enfants et amis une magnifique expérience à La Ferme Arc-en-ciel de Wellin.

Depuis quelques années, il essaye de promouvoir la fabrication et l’usage de Biochar, Bokashi, des EM (les Microorganismes Essentiels), et dernièrement les thés de compost.
C’est le plus ancien projet de permaculture en Belgique.

Rudof Kochli lors d’une conférence organisée par l’association « Terres nourricières » le samedi 8 juin 2019 à Nassogne

On nous camoufle ça, on ne nous dit pas ça, nous vivons sur un continent désertique,
si on enlevait les engrais synthétiques et les pesticides, qui essayent de rééquilibrer la catastrophe, on mourra de faim.

Seule solution, augmenter l’humus, les techniques existent.

Lors d’une conférence Organisée par l’association « Terres nourricières » le samedi 8 juin 2019 à Nassogne

Amis de toujours, ils ont tous été une lumière dans ce que je suis et ai appris…

Déjà en 1996, ce lieu était remarqué dans ce texte, d’ici, de mon pote Etienne. Les méthodes ont changées, le lieu et les objectifs aussi, mais l’expérience s’est enrichie.

La ferme “Arc-en-Ciel”

Avant de s’installer en Belgique, Marcelle et Rudolph Koechli ont été coopérants dans le Tiers-Monde. Ils ont collaboré à divers projets agricoles en régions subtropicale : conception d’un système d’irrigation dans des plantations de coton et de tournesol en Israël, organisation de coopératives rurales regroupant des exploitants de cultures vivrières (riz et soya) en Indonésie, expérimentations de cultures locales au Zaïre avec essais de compostage,…
Mais, “face à l’inadaptation des aides et à l’hypocrisie d’un système économique occidental qui exploite le Sud plutôt que de l’émanciper, nous avons préférer revenir en Europe”, concèdent-ils. “Nous voulions tenter de créer un modèle de développement rural alternatif, dans un esprit de justice sociale et un soucis constant d’écologie.”

Autosuffisance

En 1987, ils ont racheté une ferme de dix hectares à Wellin. Ils y expérimentent les principes de l’autosuffisance, tant énergétique qu’alimentaire, voire même vestimentaire.
Par exemple chez eux, l’eau des conduites provient d’une citerne d’eau de pluie reliée à un système hydrophore. Les trente mètres-cubes qu’elle peut contenir couvrent l’entièreté des besoins du ménage mais aussi de la ferme. “L’eau est plus douce, plus potable (grâce à un filtre à osmose inverse) que celle de la commune !…” nous glisse Rudolph, narquois…
La chaudière du chauffage central fonctionne au bois. Sur le toit, des panneaux solaires procurent une bonne partie de l’eau chaude.

La permaculture ou agriculture pérenne

Pour assurer l’approvisionnement en légumes, céréales et fruits, les Koechli pratiquent une agriculture particulière : la permaculture. Pour éviter les écarts de température et l’érosion, les sols sont recouverts en permanence d’une couche de matériaux organiques (compostage en surface) ou encore ensemencés de diverses plantes (engrais verts). La monoculture y est bannie. Les cultures sont alternées, associées pour recréer un équilibre naturel et limiter les attaques nuisibles.
En fait, ici l’espace est aménagé dans la complémentarité : les haies protègent du vent et servent d’abris aux précieux auxiliaires (passereaux), les canards y mangent les limaces qui pourraient occasionner des dégâts, les brebis fournissent un complément de fumure par leur fumier d’hiver, les abeilles améliorent la pollinisation des fleurs qui deviendront fruits, céréales, légumes-fruits, etc.
Par son expérimentation, Rudolph est à la recherche d’une alternative – transposable dans toutes les contrées -à l’agriculture des Occidentaux qui, elle, détruit les sols et pille les ressources de la planète (pétrole, soya importé,…). Il a réduit la mécanisation au minimum (pas d’apport extérieur d’énergie). L’outillage du jardin est exclusivement manuel : “grâce au compost de surface, nul besoin de labourer ou de bêcher le sol. Un travail superficiel en surface est largement suffisant. Il vaut mieux respecter les cycles de la nature et non les contrarier pour répondre à des principes humains productivistes qui mettent en péril le “capital naturel” de l’humanité à court terme.”
Afin de réduire les interventions humaines dans les cultures, des espèces rustiques sont employées : épeautre, tomates de montagne, légumes non hybrides. Dans la mesure du possible, les graines aussi proviennent du jardin et sont récoltées et ressemées d’années en années.

Un mode d’élevage en autarcie :

Mais revenons à nos brebis : “Ce sont des laitières belges”, nous dit Marcelle. “Cette race très rustique était en voie de disparition. Elle est très bien acclimatée et ne nécessite aucune médication (en dehors d’un vermifugeage tous les six mois).”
Le troupeau compte une vingtaine de mères; elles portent toutes un prénom. Bien entendu, la ferme fournit 100 % de l’alimentation. L’été, les brebis paissent en prairie naturelle (très diversifiée); l’hiver, elles reçoivent foin et betteraves fourragères.
Afin de préserver le rythme naturel des brebis, les agnelages ont lieu seulement de février à avril. La lactation interrompue à la fin de l’automne reprend alors. La traite est manuelle.

La transformation du lait

Le lait de brebis est plus riche que le lait de vache. Il est aussi généralement mieux digéré, surtout par les jeunes enfants.
C’est Marcelle qui fabrique les fromages : le “Berbidou”, tomme à pâte dure, la “feta de Wellin” et les fromages blancs.
La tomme se fabrique comme suit : le lait est présurisé, lorsqu’il est caillé, il est découpé, égoutté, puis pressé. Ensuite, les roues ainsi obtenues sont trempées dans la saumure (eau + sel marin) à raison de huit heures par kilo de fromage. De cette manière, elles sont mieux imprégnées que par un simple salage à sec.
Lors de l’affinage, les roues sont régulièrement lavées à la saumure pour prévenir l’apparition éventuelle de champignons indésirables. Pour les fromages blancs, Marcelle emploie du sel marin et des condiments (ail, herbes aromatiques) issus du potager. Leur fabrication commence à la fin des agnelages, début mai jusqu’à octobre.

Par Etienne Rouard, paru dans le Bulletin de Permaculture et d’Agriculture Naturelle, printemps 1996.


Une visite en 2013, Serge étant installé depuis quelques années.

Quelques années plus tard visite Frank Nathié qui y réalise un film complet.

Soutenons Frank Nathié, pour qu’il l’offre gratuitement à tous, en attendant il est vendu sur son site.

Rudolf, plus discret, a une analyse de monde qu’il faut écouter…

… mais aussi lire :

Entre permaculture et décroissance : naissance d’une révolte en douceur

Propos recueillis de Rudolf Köchli de la ferme Arc-en-Ciel par Marc Van Damme et Graziella Van Lo des Amis de la Terre du 7 juillet 2009

La visite à la ferme Arc-en-Ciel à Wellin devait me conduire à écrire un article sur la permaculture, mais l’interview de Rudolf Köchli a rapidement pris une direction axée davantage sur la décroissance même si la conception de leur méthode de culture a été abordée à plusieurs moments lors de cette enrichissante rencontre.

Voilà ce que Rudolf a envie de dire lorsqu’on lui demande de faire part de sa vision à long terme de notre société. C’est son expérience professionnelle qui a amené Rudolf à créer la ferme Arc-en-Ciel avec son épouse (et plus tard, avec sa fille et son gendre). Ce beau projet naquit d’une remise en question complète du mode de vie en général et de la vie professionnelle plus particulièrement. A une échelle collective, notre société pourrait aussi faire cette double remise en cause. La crise actuelle [1] est un élément clé qui peut se révéler bien plus bénéfique qu’il n’y paraît si on se donne la peine de réfléchir un instant aux solutions que l’on peut mettre en oeuvre, non pas pour se sortir de cette crise et attendre la suivante, mais pour se sortir définitivement de ce processus sans fin, pour devenir suffisamment autonomes pour ne plus dépendre des décisions qui se prennent bien trop loin du niveau du citoyen humain.

Notre société de « services » a conduit à la création d’une multitude de postes
absolument inutiles pour le bien-être de la population et à une dépense énergétique,
à un gaspillage des ressources qui en sont les directes conséquences. Il n’est
pas facile de l’admettre et il n’est pas simple de le faire comprendre. La surévaluation
des métiers dits « intellectuels » et la sous-évaluation des métiers dits « manuels » nous ont conduits à dépendre d’autrui pour toute une série de tâches et à pratiquer un métier pendant la plus grosse partie de notre existence au lieu de subvenir à nos besoins essentiels. L’autonomie commence par l’acceptation de ce que toute notre existence ne doit dépendre que de nous-mêmes en priorité et des autres en bien moindre partie ; « les autres » représentent les métiers qu’ils exercent. Nous exerçons toutes et tous (ou presque) un métier en sacrifiant la quasi intégralité de notre temps de vie. Or, si l’on veut devenir autonome, il nous faudra commencer par nous libérer de cette contrainte.

On peut bien entendu pratiquer une activité professionnelle car une certaine expertise dans différents domaines reste indispensable, mais il est tout à fait inutile d’y consacrer pratiquement tout son temps. Éduquer ses enfants, cultiver son jardin, entretenir son logis en réduisant drastiquement ses dépenses en ressources et en énergie demande une gestion de son temps selon d’autres priorités et d’autres référents. Une analyse de sa propre situation s’impose. Nous sommes nés avant tout pour vivre. Cette préoccupation première n’est pas un métier !

La décroissance, ce n’est pas se serrer la ceinture !

Pour la plupart des esprits formatés selon le concept capitaliste de la croissance [2] et de l’activité économique consumériste, réduire son temps de travail équivaut à réduire ses ressources financières et à se priver de tout un tas de choses que l’on ne pourra plus acheter. C’est aussi renoncer au « progrès », c’est se passer des nouveautés technologiques, c’est vouloir faire un retour dans le passé [3]. Une avancée technologique peut être un progrès, mais avant de la définir comme telle, il convient de se poser la question : « Pour qui ? ». Si la réponse n’est pas « Pour pratiquement toute l’humanité », alors il ne s’agit pas d’un progrès et elle doit être abandonnée. Aujourd’hui, 85% des ressources de la planète sont réservées à une minorité représentant seulement 20% de la population mondiale au prix d’exploitation abusive des ressources, de régimes totalitaires imposés au nom d’intérêts économiques, de violences, de famines et de destruction de notre environnement.

Progrès, vous avez dit progrès ?

Une agriculture déficiente

Le modèle économique dévastateur qui est le nôtre nous conduit à détruire un secteur qui devrait bénéficier de toute notre attention : l’agriculture. Cette activité humaine essentielle ne concerne plus, aujourd’hui, que quelques pourcents de la population de nos pays riches ; les fermiers sont contraints de fonctionner comme les grandes multinationales. Manger ou être mangé. Se développer, s’étendre en profitant de l’extinction des fermes voisines, investir des sommes colossales et acquérir des moyens mécaniques énormes, vivre sous perfusion financière via les crédits et les subventions, bref, se retrouver… seul devant des centaines d’hectares à cultiver et plusieurs tracteurs gigantesques à conduire … seul ! Pourtant, la plupart des fermiers ne gagnent pas leur vie et ne doivent leur subsistance qu’au fait que leur femme ou leur compagne travaille à l’extérieur et apporte un salaire fixe et régulier.

De plus, le « fruit » de ce travail agricole est parfois destructeur. Ainsi, on exporte vers le Sud nos poulets « subventionnés  » avec pour conséquence l’extinction des petits éleveurs locaux et on importe des courgettes ou des haricots cultivés dans ces mêmes pays au détriment de leurs cultures vivrières. Vendre et affamer, voilà tout le progrès que nous avons souvent à proposer, à imposer ! Et à quel prix ? 54 milliards d’euros sont introduits chaque année dans ce circuit mortifère.

Pourtant, la ferme Arc-en-Ciel est l’exemple même de ce qu’une petite exploitation maraîchère est capable de vivre et de faire vivre celles et ceux qui participent à sa gestion [4].

Il est révoltant de constater qu’un secteur censé produire de quoi nourrir la population, et donc de lui permettre de vivre, soit devenu source de malheur et de faim pour des millions de gens. Mais ce triste constat ne s’arrête pas là : l’agriculture industrielle-chimique tue les terres qu’elle exploite, rend malade celles et ceux qui la pratiquent en les tenant financièrement en otage via un système économique destructeur et ne produit rien qui ne soit finalement néfaste pour l’environnement ou la santé humaine.

Que font les ministres
de la santé ?

Un citoyen a le droit chez nous de refuser un traitement au nom de son intégrité physique et aucune loi n’autorise la médecine à soigner un patient contre sa propre volonté. Pourtant, curieusement, aucune loi ne permet à ce citoyen de refuser les poisons qui se trouvent immanquablement dans son assiette sous forme de pesticides ou d’engrais chimiques. Notre santé nous appartient et nous avons le droit et le devoir de nous réapproprier les moyens de la conserver au mieux. Une reconversion complète de l’agriculture chimique est indispensable. On entend parfois des personnes se plaindre de travailler pour permettre à d’autres de recevoir des allocations de chômage ou autres mesures sociales ; en revanche on n’entend que très rarement les gens se révolter lorsque l’argent de leur travail subsidie une agriculture responsable de cancers et autres maladies létales…

Cette reconversion indispensable ne passera pas par le monde politique trop soumis aux lois des économistes et des puissants lobbies ; elle passera par le citoyen. Renouer les liens qui n’auraient jamais dus être brisés entre le cultivateur et nous, relocaliser la production alimentaire et se la réapproprier en participant à sa gestion (groupements d’achat, jardins partagés…), réduire la facture énergétique [5] et environnementale de notre alimentation seront les outils d’une reconstruction globale de notre mode de vie. Retrouver une certaine autonomie alimentaire est une façon de faire la révolution car choisir soi-même ce que l’on met dans son assiette et ne plus laisser un système économique inéquitable en décider à notre place est le premier pas d’un grand changement sociétal. Il n’est pas nécessaire de « tuer » le système, il est moribond. Il suffit d’en sortir pour qu’il s’éteigne de lui-même et perde toute faculté de nous nuire.

Notes

[1] L’état actuel de l’économie n’est en rien une crise : une économie vacillante reflète le visage réel du capitalisme. Un climat d’insécurité financière pour la plus grande partie des gens et de conséquents bénéfices pour une minorité. La crise du capitalisme, c’est quand tout le monde vit bien et de manière équitable. (NDLR)

[2] La déclaration du Président de la République française « Travailler plus pour gagner plus ! » est un exemple de ce formatage institutionnalisé de nos esprits. Le travail est hissé au statut d’une idéologie alors que la manière dont il est conçu et pratiqué est infiniment dommageable pour l’humanité et pour beaucoup de d’espèces animales et végétales qui nous entourent.

[3] Au mieux, on accuse les décroissants de vouloir « retourner au Moyen-Âge, au pire, à la préhistoire  ». (NDLR)

[4] Près de soixante pourcents du chiffre d’affaires reviennent à la ferme qui ne reçoit pourtant aucun subside. Une année plus difficile au niveau saisonnier revient à réduire le salaire des travailleurs de seulement un euro de l’heure. Un agriculteur ordinaire parvient difficilement à libérer 5 à 10% de son chiffre d’affaires, le reste étant « ramassé » par les organismes bancaires.

[5] Le coût réel de l’énergie est complètement faussé : si l’on devait inclure le coût environnemental, social et de santé publique lié à la consommation d’un litre de pétrole, celui-ci coûterait peut-être 5€. A ce prix-là, l’énergie ferait crouler irrémédiablement tout le système économique. Il est à noter que cet écroulement se produira de toute façon dès que le pic mondial de production sera bien dépassé.

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